
C’est une chenille qui a connu une destinée internationale : le ver à soie, larve du papillon Bombyx Mori.
Il s'agit d'un insecte, dont le fil se retrouve aussi bien dans les tenues d’apparat des Mikados du Japon, des empereurs de Corée et princes européens, que dans les tissus précieux d’ameublement, les paires de bas de luxe...
L'histoire de la soie en Chine commence il y a environ 5.000 ans, faisant de ce pays le berceau unique de la sériciculture.
Pendant près de 3 millénaires, la Chine a conservé l'exclusivité totale de la fabrication de la soie.
Exporter des vers à soie, des cocons ou des graines de mûrier était puni de mort.

Le secret finit quand même par s'échapper de Chine par des voies détournées.
Les premiers, Corée et Japon obtiennent la technique dès le IIIe siècle de notre ère via des vagues de migration.
L'Inde, ensuite, développe sa propre sériciculture au IVe siècle, selon la légende, grâce à une princesse chinoise ayant dissimulé des cocons dans sa coiffure lors de son mariage.
L'Empire byzantin brise définitivement le monopole en 552 apr. J.-C., lorsque deux moines nestoriens, envoyés par l'empereur Justinien, rapportent des œufs de vers à soie cachés dans des cannes de bambou creuses.

Au début du Moyen Âge, Venise ne produit pas de soie mais s'impose comme la porte d’entrée incontournable des textiles précieux en Europe occidentale, grâce au célèbre explorateur Marco Polo
Grâce à sa flotte maritime et à ses comptoirs au Levant, la Sérénissime importe de la soie brute et des étoffes orientales très prisées.
Les marchands vénitiens renforcent les liens directs avec la Route de la Soie, ramenant d'Asie des matières premières, des pigments et des influences esthétiques uniques.
La sériciculture s'implante dans le Midi de la France à la fin du XIIIe siècle sous l'influence papale en Avignon.

L'histoire de la soie dans les Cévennes devient alors une épopée économique et humaine qui a profondément façonné les paysages, l'architecture et l'identité de cette région, au point de devenir le premier producteur de soie du royaume de France au XVIIIe et XIXe siècle.
Surnommé "l'arbre d'or", le mûrier y est devenu indissociable de la vie des paysans cévenols.
Arrive ensuite l'âge d'or industriel et technologique à Lyon au XIXème siècle.
Grâce à l’invention française du métier Jacquard (1801) qui révolutionne la productivité mondiale et préfigure l'informatique moderne.
Aujourd'hui, l'héritage de cette industrie millénaire reste vivant : la sériciculture traditionnelle chinoise est officiellement inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.
Sylvie vous propose un voyage historique sur les routes de l’incroyable destin du ver à soie (lié à celui de la cochenille), né grâce aux vertus nutritives des feuilles du mûrier.